Sainte Maguerite

Sainte Marguerite-Marie est une jeune moniale cloîtrée, inconnue de son vivant. Son enfance a été teintée d’une vie religieuse sombre et volontariste, qui régnait chez les croyants de son époque et de sa région : le Seigneur lui fait faire un chemin énorme, il l’amène à changer complètement de regard. Son témoignage traverse les siècles et le monde, ses reliques sont aujourd’hui accueillies par des foules dans toutes les parties du globe.

Son amour de Jésus n’a cessé de croître, nous ne comprenons bien sa vie qu’avec l’éclairage des dernières années.

25 étapes de sa vie

-1647 naissance et baptême

– de 4 à 8 ans séjours au château

– 8 ans 1/2 mort de son père : tout s’écroule

– 9 ans mise en pension religieuse

– malade et grabataire durant 3 ans

– 13 ans vœu à la Sainte Vierge, santé retrouvée

– très pénibles difficultés familiales

– demandes en mariage et mondanités

– Jésus est le plus passionné de tous les prétendants

– 1671 moniale à la Visitation

– Jésus lui parle, on ne la croit pas

– avec le Père Claude La Colombière comme frère et sœur

– 1673-1675 les grandes apparitions

– 1676 le Père La Colombière est envoyé à Londres

– 1678 «Je te constitue héritière de mon Cœur»

– 1681 retour à Paray de St Claude La Colombière

– 1682 mort de St Claude La Colombière

– 1684 le livre posthume de St Claude trahit son secret

– 1684 «mariage spirituel»

– 1685 première fête du Cœur de Jésus

– regardée comme fondatrice de l’hôpital de Paray

– 1688 première chapelle dédiée au Sacré-Cœur de Jésus

– 1689 tentative de transmettre le message à Louis XIV

– 1689 voyage à Paray des Pères Croiset et de Vilette

– 1690 elle prédit sa mort et meurt d’amour à 43 ans sans qu’on s’y attende.

La Basilique du Sacré-Cœur à Montmartre, fin du 19ème siècle, sera la réponse la plus visible aux demandes faites par le Seigneur à Ste Marguerite-Marie

Le monastère

La chapelle des apparitions

La chapelle est ouverte chaque jour à toute personne, individuelle ou en pèlerinage. Ici, dans la chapelle de ce monastère eurent lieu en 1673, 1674 et 1675 les apparitions du Christ qui manifestait son Cœur à une moniale Visitandine, Ste Marguerite-Marie, en lui demandant de faire connaître son amour à tous les Hommes. À partir de cette date et de ce lieu, la dévotion au Sacré-cœur de Jésus a gagné le monde entier.

Le chœur des moniales

Lors de chacune des trois « grandes Apparitions », Sainte Marguerite-Marie se tenait à genoux devant la grille de clôture (qui à l’époque couvrait la totalité de l’ouverture vers la chapelle). L’autel de ce temps n’était pas au milieu, mais contre le mur ocre. Elle était en adoration devant le St-Sacrement, soit exposé, soit dans le tabernacle de l’autel, et le Cœur de Jésus lui fut manifesté sans doute un peu au-dessus de l’autel.

Pendant 19 ans Sainte Marguerite-Marie a vécu ici, dans ce chœur des moniales, le principal de ses journées. Elle passait en adoration tout le temps que lui laissaient disponible son travail (souvent long et astreignant) et les obligations communautaires. Ce lieu était véritablement le centre de sa vie ; avant tout elle y chantait les Offices liturgiques au milieu de ses sœurs. À l’époque c’était un chant simple et très dépouillé, qui ne laissait pas place à une recherche artistique, mais qui favorisait ferveur et recueillement. Et elle aimait chanter les louanges du Seigneur ! D’où cette touchante anecdote le 1er juillet 1673 :  » Après avoir demeuré longtemps sans pouvoir chanter à l’office, ce qui ne m’était pas une petite peine, tant à cause de la joie que j’avais à chanter les louanges de mon Dieu que parceque je regardais cette impuissance comme un juste châtiment à ma négligence … Et la veille de la Visitation, à Matines, ayant fait plusieurs efforts inutiles pour chanter à l’Invitatoire, ayant même peine à suivre le chœur en psalmodie, au premier verset du Te Deum, je me sentis toute pénétrée d’un esprit d’hommage et d’adoration. Et, ayant mes bras croisés dans les manches, une divine lumière s’y vint poser en la figure d’un petit enfant, ou plutôt d’un soleil éclatant, qui me fit dire, dans un profond silence : « Mon Seigneur et mon Dieu, par quel excès d’amour abaissez-vous ainsi votre grandeur infinie ? – Apprends que plus tu te retires dans ton néant, plus ma grandeur s’abaisse pour te trouver.» Mais, craignant que ce ne fût un ange de Satan, je lui fis cette demande : « Si c’est vous, ô mon Dieu, faites donc que je chante vos louanges à cette heure ! » Et, me mettant à poursuivre le Te Deum avec le chœur, je sentis ma voix libre et plus forte qu’elle n’avait jamais été. Le reste de Matines se passa ainsi, sans me rendre moins attentive à l’office ; mais seulement tout mon intérieur était puissamment lié à cette divine présence et occupé à l’honorer. Et à la fin, il me dit : « J’ai voulu éprouver le motif pour lequel tu récites mes louanges, car si tu te fusses tenue un peu moins attentive à les dire je me serais retiré.» (S § 19)

Bosquet de noisetiers


Ici vu depuis les fenêtres de la maison, le bosquet la mettait à l’abri des regards. Ainsi elle s’entretenait avec le Seigneur sans attirer l’attention. Dans le fond on aperçoit le début du potager, qui était probablement plus éloigné à cette époque. Pendant la retraite précédant ses vœux, elle avait mission de surveiller l’ânesse et son ânon dans le petit pré juste devant le bosquet. Le but étant d’avoir du lait d’ânesse, grand remède en ce temps-là, pour des sœurs malades.


« Une tradition orale du monastère a conservé un souvenir précieux : Un jour, comme Marguerite-Marie allait interrompre l’entretien dont Notre-Seigneur la favorisait, pour courir après l’ânesse et l’ânon, le Sauveur lui dit: « Laisse-les faire, ils ne feront point de mal. » Elle obéit, pleine de foi. On vit, de l’intérieur de la maison, les animaux à travers le potager; mais quand on voulut se rendre compte du dégât, il fut impossible de reconnaître aucune trace de leur passage. » (C § 73, note).

« l’on me fit faire la retraite de ma profession, en gardant une ânesse avec son petit ânon dans le jardin. Elle ne me donnait pas peu d’exercice, car on ne me permettait pas de l’attacher, et on voulait que je la retinsse dans un petit coin que l’on m’avait marqué, crainte qu’elle ne fit du mal ; et ils ne faisaient que courir. Je n’avais point de repos jusqu’à l’Angelus du soir, où je venais souper. Et puis je retournais pendant une partie de Matines dans son étable pour les faire manger. Et je me trouvais si contente dans cette occupation, que je ne me serais point souciée même si elle avait duré toute ma vie ; mon Souverain m’y tenait une si fidèle compagnie, que toutes ces courses qu’il me fallait faire ne m’empêchaient point ; car ce fut là que je reçus de si grandes grâces, si bien que jamais je n’en avais expérimenté de semblables ; surtout ce qu’il me fit connaître sur le mystère de sa sainte mort et Passion ; mais ce serait un abîme à écrire, et la longueur me fait tout supprimer ; mais seulement c’est ce qui m’a donné tant d’amour pour la croix.  » (A § 50). Sa vie durant on verra que Ste Marguerite-Marie a été ainsi en dialogue avec le Seigneur au milieu même de ses occupations les plus concrètes, rien ne l’en détournait … Et elle a toujours été matériellement fort occupée et consciencieuse dans son travail : rien d’une personnalité rêveuse et oisive !

Cour des Séraphins

Sainte Marguerite-Marie aimait venir travailler ici, un peu à l’écart des autres : la fenêtre est proche du tabernacle de la chapelle, ainsi elle restait en adoration tout en faisant son travail. La petite cour fut un jour remplie de la présence des Séraphins…

 » Une fois où l’on travaillait à l’ouvrage commun du chanvre, je me retirai dans une petite cour, proche du saint Sacrement. Là je faisais mon ouvrage à genoux, je me sentis toute recueillie intérieurement et extérieurement, et il me fut représenté l’aimable Cœur de mon adorable Jésus plus brillant qu’un soleil. Il était au milieu des flammes de son pur amour, environné de séraphins qui chantaient d’un concert admirable :L’amour triomphe, l’amour jouit, l’amour du saint Cœur réjouit !Comme ces esprits bienheureux m’invitèrent à m’unir avec eux dans les louanges de ce divin Cœur, je n’osais pas le faire ; mais ils m’en reprirent, et me dirent qu’ils étaient venus afin « de s’associer avec moi pour lui rendre un continuel hommage d’amour, d’adoration et de louanges ; et que, pour cela, ils tiendraient ma place devant le saint Sacrement, afin que je le puisse aimer sans discontinuation par leur entremise, et que, de même, ils participeraient à mon amour, souffrant en ma personne comme je jouirais en la leur. » Et ils écrivirent en même temps cette association dans ce sacré Cœur, en lettres d’or et du caractère ineffaçable de l’amour. Et après environ deux ou trois heures que cela dura, j’en ai ressenti les effets toute ma vie, tant par le secours que j’en ai reçu, que par les suavités que cela avait produites et produisait en moi, qui en restai toute éperdue de confusion ; et je ne les nommais plus, en les priant, que mes divins associés. » (A § 101)

Couloir de l’agonie

Le couloir, vu de l’entrée des dortoirs en montant l’escalier du chœur, où un groupe de sœurs surexcitées attendaient Sr Marguerite-Marie en sortant de l’Office, le soir du 20 novembre 1677. À droite le couloir vu depuis l’autre extrémité.

 » Je puis assurer que je n’avais jamais tant souffert, non pas même quand j’aurais pu rassembler toutes les souffrances que j’avais eues jusqu’alors, et toutes celles que j’ai eues depuis, et que toutes ensemble m’auraient été continuelles jusqu’à la mort, cela ne me semblerait pas comparable à ce que j’endurai cette nuit. Notre-Seigneur voulut en gratifier sa chétive esclave, pour honorer la nuit douloureuse de sa Passion, quoique ce n’en fût qu’un petit échantillon. L’on me traînait de lieu en lieu, avec des confusions effroyables. Cette nuit s’étant donc passée dans les tourments que Dieu connaît et sans repos, jusqu’environ la sainte messe, où il me semble que j’entendis cette parole : « Enfin la paix est faite, par le sacrifice que tu m’as fait pour rendre hommage à celui que je fis au moment de mon incarnation dans le sein de ma Mère ; j’ai voulu l’y joindre et en renouveler le mérite par celui que tu m’as fait, afin de l’appliquer en faveur de la charité, comme je te l’ai fait voir.  » (A § 74)Il y eut en effet ce soir là grand désordre dans le monastère, tel qu’on n’en avait jamais vu de semblable. Le Seigneur réclamait d’elle un courage héroïque, Sœur Marguerite-Marie se tint seule en parfaite bienséance au milieu d’un groupe de sœurs hors d’elles-mêmes.

Le cloître

Ici l’aile nord du cloître sur laquelle donne (photo de gauche, au fond) la porte de clôture … qu’elle a franchie 1 fois dans sa vie : à l’instant de son entrée dans la vie monastique (!) ; on voit aussi l’entrée de l’escalier qui mène au chœur.À l’autre extrémité (photo de droite, au fond) : la porte du jardin.Ce cloître elle l’a souvent balayé … et vraisemblablement ici prend place un épisode émouvant – et de grand enseignement – de son dialogue avec le Seigneur.

L’image met bien ici en lumière la fameuse … pelle à poussière ! « comme une fois je désirais ardemment communier, mon divin Maître se présenta devant moi, alors que j’étais chargée de balayures ; il me dit : «Ma fille, j’ai vu tes gémissements, et les désirs de ton cœur me sont si agréables, que si je n’avais pas institué mon divin Sacrement d’amour, je l’instituerais pour l’amour de toi, pour avoir le plaisir de loger dans ton âme, et prendre mon repos d’amour dans ton coeur. » (Mémoire Autobiographique § 97)À l’époque en effet, même dans les monastères, on ne communiait pas tous les jours. Et voilà qu’en plein travaux ménagers, humbles, quotidiens, le Seigneur vient lui déclarer qu’en ce moment aussi, par le désir, elle est sa véritable adoratrice. On a trop oublié aujourd’hui la « communion spirituelle » qui, elle, est accessible à tous moments et à toutes personnes.

Le puis

Ste Marguerite-Marie venait ici puiser l’eau au milieu du préau, le puits, remplacé par une pompe au siècle dernier (les arcades du cloître n’étaient pas vitrées autrefois).

 » Je me souviens qu’un jour, puisant de l’eau, le seau lui échappa étant plein, et, retournant dans le puits, le bras de fer qui sert à mener le tour allant de grande roideur lui donna de telle force un coup sous la mâchoire, dont il arriva qu’elle s’emporta avec les dents un morceau de la joue en dedans de la bouche, qui était gros et long comme la moitié du doigt. Elle ne fit pas d’autre cérémonie que de prier une des pensionnaires, dont elle était maîtresse, de lui couper ce morceau de chair, qui tenait encore d’un côté. Ces enfants, tout effrayées de la voir en cet état, n’y voulurent pas toucher. Elle suppléa, avec ses ciseaux, à leur refus et coupa comme elle put la pièce; mais la plaie qui s’y fit, dans sa bouche, lui donna bonne matière de souffrir autant de fois qu’il fallait qu’elle prît quelque nourriture. De plus, le coup lui causa une douleur dans la tempe. Après le repas, elle devenait presque insupportable, comme pourrait être une rage de dents. Tout l’adoucissement qu’elle y apportait était de sortir des récréations, avec congé, pour aller faire quelques tours d’allées, jusque à ce que cette douleur fût diminuée. Alors elle revenait avec les autres. Elle souffrait tous ses maux sans se plaindre et sans jamais demander de soulagement, et toujours en suivant les activités ordinaires de la Communauté et les offices et oraisons, à moins que le mal ne la contraignît de s’arrêter : encore ne le faisait-elle pas à sa demande ; il fallait qu’on y pensât pour elle. »

L’ordre de la Visitation